Dans quel pays sont stockées vos données IA ?


Vous avez peut-être eu le réflexe de quitter ChatGPT pour utiliser Mistral AI, en vous disant : "au moins, mes données restent en France". En réalité, la question est plus complexe que ça.

Derrière le choix d'une IA française, européenne ou américaine, un point reste souvent invisible : où vos données sont réellement stockées et traitées.

Et cet emplacement conditionne deux enjeux majeurs : la confidentialité et l'impact environnemental.

Où sont situés les serveurs des principaux éditeurs ?

OpenAI (ChatGPT)

Localisation : 🇺🇸 États-Unis

Contexte : OpenAI reste un acteur très ancré aux États-Unis. Ses infrastructures sont majoritairement américaines.

Projet en cours : un data center est en construction en Norvège pour 2026, pays européen mais hors UE. Une partie du trafic des utilisateurs européens pourrait y transiter. (source)

Microsoft (Copilot)

Localisation : 🇪🇺 Union européenne

Contexte : Microsoft dispose depuis longtemps d'un réseau de data centers dans l'UE. Une distinction est faite entre le stockage des données et le traitement.

En tant qu'utilisateurs français, les données sont aujourd'hui physiquement stockées en France, mais les prompts sont traités au Royaume-Uni.
Dès 2026, une partie du traitement devrait être effectuée en Allemagne, Espagne, Suède et Italie, tous membres de l'UE.

Mistral AI (Le Chat)

Localisation : 🇪🇺 Union européenne

Contexte : entreprise créée en France, dont l'actionnariat est aujourd'hui principalement composé de fonds étrangers.
Mistral AI ne fait pas exception à la règle et ne dispose pas (encore) de centres de données sur le territoire national.
Les données sont stockées en Union Européenne, sur des serveurs appartenant à Microsoft et Google. (source)

Projet en cours : Mistral pourrait toutefois être le premier acteur de l'IA à domicilier une partie des données en France. L'entreprise attend la livraison d'un data center courant 2026 en Essonne. (source)

Google (Gemini)

Localisation : 🇺🇸 États-Unis et 🇪🇺 Union européenne

Contexte : Google dispose de plusieurs data centers en UE, notamment en Belgique et aux Pays-Bas. (carte)

À noter : il semble que les données des utilisateurs européens ne sont pas automatiquement localisées en Europe. Cet article montre une manipulation pour effectuer ce choix.

Anthropic (Claude)

Localisation : 🇺🇸 États-Unis

Contexte : dans le sillage d'OpenAI, Anthropic a basé son développement aux États-Unis et commence timidement à étendre ses infrastructures hors du continent. Elle s'appuie sur les serveurs de Microsoft et Google.

Projet en cours : l'entreprise annonce vouloir étendre ses zones de traitement, notamment en Europe, sans préciser l’échéance. (source)

Perplexity

Localisation : 🇺🇸 États-Unis, 🇪🇺 Union européenne (et ailleurs ?)

Contexte : la communication de Perplexity sur la localisation des serveurs utilisés est opaque. On sait qu'ils utilisent principalement des serveurs Amazon (AWS). Une de leurs rares communications à ce sujet était pour signaler que leur clone de DeepSeek tournait sur des serveurs US et UE (source) ; mais aucune garantie sur les autres modèles utilisés.

L'enjeu de sécurité et confidentialité

Le must : une "IA souveraine" ?

Une IA souveraine serait une IA dont :

  • les données sont stockées et traitées en France,
  • l'entreprise dépend d'un cadre légal français ou européen,
  • n'est soumise à aucun texte extraterritorial (voir Cloud Act).

C'est ce qu'on pourrait avoir avec Mistral d'ici quelques mois.

À défaut : une IA RGPD-compatible et hébergée en UE

C'est plutôt le modèle de Microsoft.
La localisation des données en UE est une garantie forte de confidentialité, même si elle n'est pas parfaite.

L'AI Act et le RGPD sont deux piliers de notre sécurité numérique et du respect de la vie privée, l'UE étant l'entité politique qui garantit le cadre le plus sécurisant pour ses citoyens.

Cloud Act : le point de fragilité

C'est là que le bat blesse.
Les entreprises américaines sont soumises à la loi américaine, laquelle leur impose d'être en capacité de fournir aux autorités US des données concernant des ressortissants américains, même si ces données sont stockées hors USA.

En d'autres termes, une entreprise américaine (comme Microsoft) peut être légalement obligée d'exfiltrer des données depuis un data center situé en Europe.

C'est une brèche dans la protection législative européenne, pour toutes les entreprises américaines. D'autant que l'historique d'ingérence des USA amène à spéculer sur le fait que le cadre du Cloud Act pourrait être outrepassé pour concerner des ressortissants non américains.

L'enjeu environnemental

Les dernières analyses montrent que l'essentiel de la consommation énergétique des IA provient désormais de leur utilisation quotidienne, et non plus de leur entraînement. (source).
Il faut donc regarder où les requêtes sont traitées pour connaître la consommation.

Pourquoi le mix énergétique change tout ?

Comparons quatre pays qui hébergent des data centers :

🇺🇸 États-Unis : 56% de l'énergie provient du gaz ou du charbon.

🇩🇪 Allemagne : 44% gaz/charbon.

🇸🇪 Suède : moins de 2% de fossile (gaz et charbon), 44% hydraulique, 33% nucléaire, 22% éolien

🇫🇷 France : 70% nucléaire, 10% hydraulique, 15% fossile

Un data center américain ou allemand est bien plus carboné qu'un data center français ou suédois.

Un ordre de grandeur pour illustrer

Générer une page de texte avec Mistral équivaut, en émissions :

  • à 55 secondes de streaming vidéo si les serveurs sont en France
  • à 10 secondes si la vidéo est hébergée sur un serveur américain

L'hébergement européen n'est donc pas une garantie écologique : l'Allemagne, par exemple, a une forte part fossile. Les enjeux peuvent être contradictoires.

En conclusion

J'espère que la question de la localisation des data centers est plus claire, que certains mythes ont été combattus, et que les enjeux de sécurité/confidentialité et d'écologie sont mieux perceptibles.

Il n'existe pas de choix parfait, mais peut-être des "moins pires".

Et vous : jusqu'où ces critères influencent-ils vos usages au quotidien ?

J'espère que cette édition de la newsletter vous aura donné l'occasion de vous familiariser avec la question.

Quelques actus de mon côté

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La newsletter IA par Vincent

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