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Que nous a-t-on vendu avec l'IA ? Du gain de temps. De la productivité. De la délégation. Et pourtant, on commence à avoir l'impression inverse : Les outils censés nous simplifier le travail sont en train de saturer notre espace mental. La production d'information ne coûte plus rienIl y a quelques années, rédiger un compte rendu de réunion prenait 1 à 2 heures, on passait des journées à écrire du code informatique, il fallait du temps pour document, pour analyser, pour synthétiser. Il existait un filtre naturel : on ne pouvait pas tout faire ; en tout cas pas tout de suite. Aujourd'hui, ce que permet l'IA, c'est de produire énormément de texte, de données et d'informations... sans aucun coût. Aucun coût en temps. Aucun coût en effort. Presque aucun coût en argent. Le coût de ces actions est proche de zéro. Et quand le coût d'une chose s'effondre, son volume explose. J'ai l'impression que cela fait disparaître ce qu'on peut appeler des "frictions utiles". Certaines lenteurs avaient une fonction, ou au moins une utilité. L'IA est en train de faire aux données ce que les réseaux sociaux ont fait aux publications : une industrialisation. Plus d'information n'apporte pas plus de clartéNous sommes dans un monde où la donnée est sacralisée. Nous avons l'impression que, parce que nous avons beaucoup d'informations, nous comprenons mieux et nous décidons mieux. Comme si mesurer revenait à contrôler. Comme si documenter revenait à maîtriser. Comme si transcrire revenait à comprendre. Cette illusion du contrôle nous fait du bien, elle rassure.
Mais qui lit réellement tout ça ? Qui a le temps et la fraîcheur mentale de se plonger là-dedans ? Le problème de l'exhaustivité, c’est qu'elle finit par noyer les priorités. En réalité, plus le volume augmente, plus il devient difficile d’identifier l’essentiel. C'est peut-être là le vrai paradoxe : l'IA réduit le coût de production de l'information mais elle augmente le coût cognitif de sa consommation. La ressource la plus précieuse : notre attentionSi la donnée et l'information ne coûtent plus rien, une ressource est de plus en plus limitée : notre capacité d'attention. On le voit très bien dans les métiers de la formation. On peut créer une première version de programme de formation en quelques minutes. Générer des objectifs pédagogiques, des quiz, des études de cas ou des scripts vidéo. Mais ensuite ?
Le risque, c'est de produire toujours plus de ressources, sans augmenter la clarté ni l'impact pédagogique. Alors que les IA permettent de produire toujours plus, le professionnel compétent c'est peut-être celui qui sait sélectionner l'essentiel, faire le tri, faire moins. Pas celui plus celui qui produit le plus. La valeur est peut-être de simplifier, d'aider à comprendre, de réduire la charge cognitive des apprenants plutôt que l'augmenter. Prendre soin de l'attention devient probablement un des grands défis de notre époque. D'autant quand on se retrouve à gérer plus de projets en parallèle et que cela augmente la charge mentale. La hausse de productivité appelle encore plus de travailLes gains de productivité ne produisent pas toujours moins de travail. Au contraire, ils en appellent souvent davantage. Hier, on se contentait d'une synthèse par mois. Aujourd'hui on en veut une tous les jours. Historiquement, à chaque fois qu’un outil améliore fortement la productivité, les organisations finissent par transformer l’exceptionnel en standard. Le risque, c'est que demain le standard, la norme attendue partout, c'est de :
Un peu comme les emails ont progressivement rendu acceptable le fait d’être joignable en permanence. Quand l'IA nous fait bosser plus qu'avantAvant, beaucoup d’entreprises valorisaient le temps passé, le présentéisme ou les heures visibles au bureau. On a maintenant l'équivalent avec l'IA, et ça s'appelle le "token maxxing". C'est le fait de cramer un maximum de crédits sur une IA. Les utilisateurs intensifs rechargent leur abonnement en payant des crédits supplémentaires, parce qu'ils explosent leur forfait mensuel en 2 heures. L'idée du token maxxing, c'est que plus quelqu'un consomme de tokens, plus il utilise des agents, plus il génère de prompts, plus il produit avec l'IA... plus il serait performant. Mais c'est exactement le même piège historique. Parce que les tokens mesurent une intensité d'usage, pas la pertinence des décisions ni la valeur produite. Tentative de conclusion : un regard mature sur l'IADans un monde où produire de l'information ne coûte plus rien, la maturité ce n'est pas de chercher à faire toujours plus. La maturité c'est peut-être au contraire de ralentir et de simplifier. Cela ne veut pas dire qu'il faut refuser l'IA et les agents. C'est plutôt qu'il faut en faire des outils qui simplifient les processus, qui limitent la sollicitation cognitive, qui filtrent la donnée plutôt que de la multiplier. La valeur ne peut plus être simplement d'ajouter du contenu (stop aux formations à 80 modules parce qu'on en veut plus pour notre argent). La valeur, c'est de donner du sens à l'information et au savoir. De l'incarner, de le rattacher à une expérience, un vécu. Ainsi que d'aider à faire le tri ; guider à travers l'abondance d'information. Avant de terminerQuelques news de mon côté :
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